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[Parti pris] À Créteil comme ailleurs : Défendre la participation citoyenne c’est défendre la démocratie

À Créteil comme ailleurs, les citoyennes et les citoyens, lorsqu’ils portent des projets ou souhaitent apporter leur point de vue dans les développements de leur quartier ou de leur ville, rencontrent quasi-systématiquement des blocages de la part des élus et des services de leur mairie. Projets non considérés, parole ignorée, difficultés grandissantes à pouvoir louer des salles et à se réunir dans de bonnes conditions; manque de concertation des citoyens dans les décisions qui sont prises et les investissements opérés. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres qui attestent du manque de participation citoyenne et de prise en considération des différents points de vue dans les développements de notre ville mais pas que. Ces pratiques constituent une menace pour notre démocratie locale.

Au vu de mes engagements et des différents combats que nous menons avec Créteil 3.0, je me devais d’écrire ce billet sur la démocratie locale, et aborder en particulier la question de la participation citoyenne. De la NuitDebout à CréteilDebout en passant par BanlieuesDebout et celles qui sont supposées être les instances de la démocratie locale, les conseils de quartier, la question de la participation citoyenne se pose.

Informer, concerter, participer et inclure

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Si j’écris ce billet aujourd’hui, c’est que j’ai le sentiment que la démocratie et la participation citoyenne sont non seulement intrinsèquement liés, mais que la défense de l’une suppose la défense de l’autre. A une heure où beaucoup de projets, notamment locaux se font sans concertation avec les citoyens et sans leur contribution, il convient d’introduire la possibilité d’une participation citoyenne dans les décisions qui sont prises localement.

Selon moi, la participation citoyenne s’inscrit dans une démarche que l’on peut décliner en 4 étapes :

1- Informer : Mettre en place une chaîne de transmission des informations suffisamment fluide en insistant sur la transparence de ces informations et des interlocuteurs qu’il nous est demandé de contacter pour s’impliquer.
2- Concerter : Après avoir informé les habitants, en particulier lorsqu’un projet concerne leur quartier, il s’agit de recueillir leurs avis et leurs témoignages afin de s’assurer que ledit projet répond bien à des besoins concrets de la part des habitants.
3- Participer : Permettre aux citoyens qui habitent un territoire d’être force de proposition et de contribuer à son développement.
4- Inclure : Associer les habitants dans la gestion courante des projets réalisés et ainsi les responsabiliser aux usages et aux pratiques, notamment des équipements.

Ces quatre étapes me paraissent non seulement utiles mais nécessaires en vue de faire de la démocratie locale une réalité effective qui s’applique dans nos différents quartiers et qui permet aux habitants de prendre la parole. C’est le combat que je mène quasi quotidiennement avec Créteil 3.0 et qu’on a pu mener avec CréteilDebout : celui visant permettre aux citoyens de s’exprimer avec leurs mots et leur façon de faire, à trouver des canaux permettant de libérer une expression, un ressenti, une idée sur ce qu’ils vivent au local et sur les réponses qu’ils considèrent judicieuses à apporter à leurs besoins et à leurs problèmes.

Ainsi, défendre la participation citoyenne, c’est défendre la démocratie en remettant la voix du citoyen au centre de la vie de nos quartiers et de nos collectivités en acceptant de responsabiliser les habitants et en leur permettant non plus seulement d’habiter un territoire, mais d’y vivre vraiment en ayant voix au chapitre.

La participation citoyenne à l’épreuve des institutions et des « vieilles habitudes »

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Si la participation citoyenne n’est pas forcément la panacée et l’ultime moyen pour que les habitants puissent régler leurs problèmes, elle est au minimum suffisante pour faire vivre la démocratie et constitue une première étape nécessaire. Car à titre d’exemple, lors du dernier conseil de quartier des Bleuets-Bordières-Buttes-Pinson-Halage, beaucoup d’habitants des Bleuets-Bordières et des quartiers environnants et notamment des jeunes ont pris la parole pour exprimer leur volonté de participer à la prise de décision et de soumettre des projets visant à améliorer leur quotidien et les doter des meilleurs outils pour assurer leur réussite et la qualité de leur cadre de vie. Pour moi c’est cela la démocratie, mais encore faut-il que les différents points de vue soient pris en compte, ce qui n’est fort malheureusement toujours pas le cas.

Les habitants ont l’impression que les choses leurs sont imposées. Car que l’on juge ce qui est fait bien ou non, ce qui compte c’est qu’ils n’ont pas été inclus dans le processus et que cela dure depuis malheureusement de trop nombreuses années à Créteil. Si les conseils de quartier sont des espaces d’expression pour les élus, il ne faut pas oublier qu’il s’agit aussi et surtout d’un espace expression pour les citoyen-ne-s et je continuerai sans cesse de défendre cela.

Je terminerai donc ce billet par une citation de Nelson Mandela, qui témoigne du ressenti que peut nous inspirer notre non inclusion au processus démocratique de participation citoyenne : « Tout ce qui est fait pour nous mais sans nous est fait contre nous« .
Tâchons désormais de retrousser nos manches afin que subsiste une démocratie locale dans notre ville, soit en défendant la participation citoyenne et l’inclusion des différents points de vue, soit en la faisant vivre concrètement en nous organisant et en travaillant ensemble comme nous le faisons déjà depuis un certain temps avec Créteil 3.0.

Photographie d’un de ces fameux paniers bios qui sont distribués toutes les semaines par l’AMAP de Créteil.

Les AMAP de Créteil, une démarche éthique pour un engagement citoyen

Saviez-vous qu’à Créteil il était possible de manger sainement et à un prix intéressant tout en soutenant les petits producteurs et les paysans ? Pour ceux qui ne le savaient pas encore, qu’est-ce qu’une AMAP ? « AMAP », c’est l’abréviation de « Association pour le maintien de l’agriculture paysanne ». Depuis maintenant quelques années, les AMAP essaiment un peu partout dans nos villes avec pour mot d’ordre de vouloir rapprocher les habitants de la ville de la nature et de ceux qui vivent à la campagne. Elles permettent d’assurer la distribution de « paniers bio », soit des légumes et des fruits frais et garantis sans pesticides ni OGM. En plus de vous proposer une alimentation et des produits de meilleure qualité que ceux que vous pouvez trouver dans les grandes surfaces, les AMAP proposent de rétablir une relation « saine » entre citadins, paysans et petits producteurs, puisqu’elles leurs offrent des débouchés pour les produits issus des terres qu’ils travaillent, et ce sans passer par un intermédiaire. Les AMAP permettent de la sorte aux citoyens d’affirmer leur droit de regard vis-à-vis de ce qui se trouve dans leur assiette et de la façon dont on le produit tout en encourageant la production biologique.

L’AMAP : des produits frais et de qualité dans un espace de rencontre et de partage entre citoyens

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Les AMAP visent aussi bien à privilégier les rapports humains, les échanges entre citoyens concernés par le développement local, la cordialité et les bonnes pratiques, qu’à favoriser la consommation en priorisant les circuits courts de consommation, garants de la fraîcheur et de la qualité des produits que nous mettons dans nos assiettes. Une AMAP, c’est donc l’assurance de disposer de produits frais et bio à moindres coûts tout en ayant l’assurance que les produits achetés financeront le dur labeur et l’exploitation d’un agriculteur ou d’un petit producteur bio. L’AMAP se propose ainsi de rééquilibrer et de viabiliser la relation entre le producteur et le consommateur en favorisant les circuits courts de production et en réduisant au maximum la pollution engendrée par le transport de marchandises. Ainsi, une AMAP, ça n’est pas seulement un lieu où l’on vient récupérer les fruits et les légumes qu’on aime, mais c’est aussi un formidable lieu de rencontre et d’échange entre citoyens soucieux d’avoir accès à une alimentation de qualité et soucieux de la relation entre ce que nous avons dans nos assiettes et celui qui en est à l’origine.

Adhérer à une AMAP, qu’est-ce que ça veut dire en somme ? Adhérer à une AMAP, en plus de pouvoir disposer de produits frais et bios, c’est aussi un moyen d’affirmer qu’il est possible pour les citoyens que nous sommes, de reprendre en main notre consommation et de choisir ; de choisir ce que nous voulons consommer et mettre dans notre assiette, mais aussi de choisir qui en retirera les bénéfices, en l’occurrence les petits producteurs ou ceux engagés dans une démarche éthique qui correspond à nos valeurs. Adhérer à une AMAP et soutenir leur démarche, c’est déjà en soi, une forme de réponse et d’engagement citoyen en vue de mieux consommer et de faire vivre des agriculteurs, des paysans et des petits producteurs engagés dans une démarche de transition écologique pour nos territoires. Soutenir les AMAP, c’est non seulement soutenir un autre mode consommation, plus « sain », mais c’est aussi s’engager pour les circuits courts de consommation, et donc à réduire la pollution engendrée par les marchandises qui transitent d’un bout à l’autre du globe en favorisant la consommation de produits locaux et de saison. C’est une façon, à notre échelle, de tisser un lien de qualité avec ces producteurs, tout en partageant les bonnes pratiques et en affirmant notre pouvoir de consommateurs. Je vous invite donc à vous y rendre un jour, pour constater par vous-même leur fonctionnement.

Adhérer à une AMAP, un engagement citoyen éthique

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A titre d’exemple, le panier de cette semaine était composé, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, d’une salade, de radis noir, d’un potimarron vert, de carottes, de Pomelos ainsi que d’œufs fermiers, le tout étant des produits issus de l’agriculture biologique. La distribution des paniers bios est organisée et gérée par l’association « Les Paniers de Créteil ». Cette association existe et opère depuis 2009. Elle assure la distribution de paniers bio chaque semaine à Créteil. On peut par exemple venir y récupérer le mercredi entre 18h et 20h, son panier bio bien garni et prêt à être consommé. Il est à noter qu’avant de pouvoir aller chercher son petit panier bio, il faudra souscrire à une adhésion auprès de l’AMAP et que pour cela, il ne faut pas hésiter à les contacter dans un premier temps avant de s’y rendre. Il existe 8 points de retrait pour ces paniers bio, répartis un peu partout dans la ville, principalement dans les différents centres socioculturels. Ils travaillent en partenariat avec l’association des « Paniers bio du Val de Loire », qui assure leur approvisionnement. Pour tout renseignement, vous pouvez vous rendre sur ce site internet : https://www.lespaniersbioduvaldeloire.fr/ . Vous pouvez trouver plus d’informations sur les jours de retrait de ces paniers bios, les adresses et les horaires en tapant « Les Paniers de Créteil » dans votre navigateur.

Ainsi, pour la modique somme de 60€ par mois, vous aurez droit à un panier bio par semaine et vous pourrez venir le récupérer en vous rendant à l’un des différents points de retrait prévu à cet effet. Ces légumes frais et bio ne vous coûteront donc pas nécessairement plus chers qu’en grande surface et en plus de pouvoir disposer de produits de qualité et de saison, vous participerez de privilégier une alimentation aussi bien responsable que locale et bio.

Enfin, en écrivant ce billet, je me prends à rêver du jour où l’on pourrait produire nous-mêmes, à Créteil, nos propres fruits et légumes bios en y développant l’agriculture urbaine et en favorisant l’usage des jardins partagés. Je me pose donc la question suivante : alors que la surface disponible est énorme, à quand des jardins partagés pour les citoyens sur les toits de nos bâtiments ?

 

Créteil, passage de l'espérance

« Quatre millions d’euros pour cent mètres de piste cyclable ? » : Bienvenue à Créteil

Aménager le territoire en priorisant l’investissement humain

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(Photographie prise à Créteil, sur l’avenue du Général Leclerc)

Un peu partout en France, on assiste à une multiplication des projets locaux aussi inutiles que coûteux. Le point commun à tous ces projets, c’est qu’ils sont la plupart du temps menés sans concertation des citoyens et par conséquent, ils se font souvent à leur détriment. Les citoyens ont toujours su se mobiliser, manifester leur mécontentement et affirmer leur droit de regard sur ces projets. Dans ce billet, je vais vous parler d’un de ces projets à l’utilité réduite et mené sans aucune concertation avec les citoyens, dans ma ville de Créteil. Il s’agit d’une piste cyclable (voir la photo ci-dessus), qui a été aménagée sur une centaine de mètre pour un coût total représentant près de quatre millions d’euros.

Il me paraît important que les citoyens soient acteurs des décisions prises concernant les aménagements et les investissements effectués sur leur territoire. Hors, les millions d’euros dépensés par les mairies dans des projets d’aménagements urbains toujours plus coûteux nous empêchent d’investir dans des projets locaux susceptibles de bénéficier aux citoyens. Si l’on est capable d’investir quatre millions d’euros pour rénover une piste cyclable ne pourrait-on pas en faire de même en soutenant l’entrepreneuriat social et local, et en aménageant les espaces grâce auxquels les nouvelles générations pourront s’épanouir ? Il devient donc urgent et primordial de concerter les citoyens et de leur permettre de s’investir dans des projets locaux.

Le territoire à l’épreuve de la concertation citoyenne

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(Photographie prise à Créteil, toujours sur l’avenue du Général Leclerc)

Cette piste cyclable démarre à Maisons-Alfort et se prolonge à Créteil jusqu’au niveau du cimetière qui fait face à l’hôpital Henri Mondor. Sur cette même route, on peut voir côte à côte cette nouvelle piste cyclable aménagée pour quatre millions d’euros et un espace réservé aux entreprises, en l’occurrence un ancien Speedy, complètement désaffecté et quasiment à l’état de ruines. Ainsi, s’il est une bonne chose que l’on investisse pour la qualité de nos routes, cela peut-il se faire sans que les citoyens qui vivent sur ce territoire ne bénéficient de ces investissements ? On pourrait par exemple s’autoriser à penser que cet espace complètement désaffecté pourrait être entièrement remis à neuf, et réaménagé pourquoi pas en vue de servir de local partagé ou d’accueillir un espace de travail, de co-working ou de rencontres entre habitants et entreprises. On pourrait ainsi multiplier les exemples, mais leur pertinence importe peu. Ce qui est frappant selon moi sur cette photo, c’est qu’on puisse considérer qu’il est bon d’investir cette somme astronomique pour construire et aménager une piste cyclable, et qu’on ne puisse pas songer à investir ni dans le quartier juste à côté ni sur un espace en ruines qui se situe sur celle-ci. Cela, sans concertation aucune avec les habitants ni prise en compte de leurs besoins.

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(Photographie prise à Créteil, dans le quartier des Bordières)

Cette photo-là a été prise dans le quartier des Bordières, un endroit où j’ai personnellement grandi. Cet espace immense comme vous pouvez le voir, se situe à une cinquantaine de mètres de la nouvelle piste cyclable qui a été aménagée. A mon époque, les enfants pouvaient jouer dans un parc de qualité et les familles s’y réunissaient pour y passer un moment de détente après avoir ramené leurs enfants des écoles toutes proches. Il y avait sur ce grand rond en herbe que vous pouvez apercevoir à l’arrière-plan de cette photographie, des cages de football. Seulement aujourd’hui, les habitants de ce quartier ne disposent plus de telles installations, tandis qu’on pense pour eux qu’il est plus important d’investir sur la piste cyclable qui se situe juste à côté, plutôt que sur des équipements qui seraient à leur usage. Si l’on peut financer à hauteur de 4 millions d’euros l’aménagement d’une piste cyclable, ne peut-on pas faire de même avec le quartier qui se situe non loin ? Alors que les questions d’exclusion, de misère économique et sociale sont un enjeu des plus importants à traiter si l’on veut régler les problèmes qui frappent notre société, il paraît nécessaire de repenser la priorité de nos investissements.

Exemples  de projets non concertés dans le monde

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(Photographie prise par ebestel dans le parc Gezi à Istanbul. Source : http://www.flickr.com)

Les actions concertées des citoyens contre les projets d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes, du barrage de Sivens et du parc Gezi à Istanbul sont emblématiques de cette volonté que nous avons de réenchanter ce monde, de mieux le revisiter à notre manière pour le marquer de notre présence et le conformer à notre usage du quotidien. Ces actions citoyennes témoignent du fait qu’il est possible pour les citoyens d’habiter pleinement leur territoire et de participer à le faire vivre en se concertant et en décidant ensemble de ce qui est bon ou n’est pas bon pour eux et leur environnement. Le rapprochement intergénérationnel, social et multiculturel entre les différentes composantes de notre société qui se sont retrouvées ensemble pour dire « non » à ces projets, a produit pour ces engagements citoyens le terreau d’un rapprochement et d’une interactivité qui dépasse les clivages et leur a permis de construire ensemble un avenir commun.

A travers le projet d’un développement de nos territoires qui serait concerté entre les habitants, il s’agit de se doter de tous les moyens utiles à notre réussite et de recréer un lien de qualité entre les individus en nous engageant pour soutenir un développement local qui priorise l’investissement humain. C’est ainsi, en se rassemblant, en apprenant à mieux se connaître, en se côtoyant en dépit des différences et en apprenant à privilégier le but commun que nous devenons capable du meilleur qui est en nous. C’est comme cela que nous serons capables de faire de notre désir d’une vie saine et émancipée de toute tutelle, une énergie formidable et une force vive pour les changements qui se préparent.

Créteil, passage de l'espérance

Etat des lieux d’une urbanité dans l’impasse

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Depuis des années, les  citoyens s’engagent aux quatre coins du monde, prennent position et affirment un peu plus chaque jour leur droit de regard sur les politiques qui les concernent et les politiciens qui disent parler en leur nom. Un peu plus chaque jour, ces citoyens trouvent des raisons de s’engager et des moyens de concrétiser leur volonté, d’afficher et d’affirmer le message qu’ils portent. En 2005 a eu lieu la révolte des banlieues, un moment durant lequel une partie de la jeunesse et des citoyens ont pu affirmer leur message et leurs revendications en dépit du fait qu’on ait affublée cette révolte du simple qualificatif « d’émeutes » dans le but de la vider de toute sa contenance politique et par là d’enrayer son message. Face à cette impasse, cette même année, le rappeur Youssoupha, un des porte-voix de cette jeunesse désenchantée, héritière d’un monde qui semble ne pas encore l’avoir acceptée, faisait déjà l’aveu comme cette jeunesse, de son impuissance à changer le cours des choses en ces termes :

« J’ai beau brailler sur des dizaines de mesures, j’peux rien

T’dire d’original qu’un autre rappeur t’ait jamais dit. Parce que

Finalement nos plaintes sont les mêmes, on décrit la même réalité

On dénonce les mêmes problèmes. Titre après titre,

Album après album. Au point qu’j’ai l’sentiment que tout ça

N’est qu’un éternel recommencement… » (Youssoupha – Eternel Recommencement)

Qu’il s’agisse des niveaux records d’abstention aux élections, de la montée du vote FN ou encore de la contestation qui se généralise un peu partout dans notre pays et trouve des résonances dans ses luttes locales avec pour credo le « mieux vivre », toutes ces tendances sont les indicateurs d’une chose : le mal-être d’une jeunesse qui a été bercée à la fable du plein emploi, d’une société hygiénisée, épurée, vidée de tous symboles avec pour seule perspective viable celle d’un réenchantement qui se fait attendre.

La photographie que vous  voyez plus haut  est prise à Créteil, dans le quartier du Halage. J’ai tenu à en illustrer ce billet car elle est pour moi symptomatique de la désillusion que connaît notre jeunesse face à ce monde qui lui laisse peu de place. Que ce soit dans les bureaux de nos associations, dans la représentation de nos institutions sportives, en politique ou dans les CA de nos entreprises, la jeunesse et les diversités sont largement sous-représentées. Cela met ainsi au jour les carences de notre développement, de notre modèle de société et de notre incapacité pour l’heure, à penser une République pleinement inclusive. Cette photo et le symbole qu’elle représente, c’est justement ce que l’on ne veut plus voir pour nos territoires, c’est justement cette barrière que nous devons faire tomber, pour que les citoyens se saisissent à nouveau des questions de développement local et ainsi se sentir habiter véritablement leur territoire.

Faire de la ville un outil pour la réussite de ses citoyens, un levier d’émancipation pour sa jeunesse

Les défis auxquels nous avons à faire face sont aussi nombreux que considérables, mais ils peuvent se résumer en ces termes : poursuivre la lutte contre tous les types de discrimination, pour qu’il n’y ait plus de « citoyens de première et de seconde zone » ; faire appliquer les principes républicains sur tous les territoires, en leur donnant une valeur réelle ; innover et se doter des outils notamment numériques utiles à l’expression et à la diffusion d’une parole citoyenne.

Si l’on veut participer à relever ces défis qui se présentent à nous, il nous faut réinventer des outils pensés par et pour les citoyens en vue de faire de leur expression et de leur capacité à innover le fer de lance de la refondation de notre République et de notre Démocratie. A ce titre, le numérique fait figure d’outil de choix à appréhender et à maîtriser pour des villes en mouvement, ainsi qu’un levier d’émancipation pour une jeunesse qui veut réenchanter son monde. La réussite de demain repose sur notre engagement d’aujourd’hui et c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas nous permettre de nous résigner ou de baisser les bras. Si l’on veut que le monde avance avec nous, nous devons prouver que nous sommes capables de stimuler et de faire vivre nos territoires et disposer ainsi de la légitimité inhérente à leur gestion.

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Cette photographie a été prise sur la même rue que la première, le Passage de l’espérance à Créteil. Hasard heureux ou choix délibéré, elle figure symboliquement l’idée que bien que d’apparence, l’espérance que nous portons peut sembler nous conduire à une impasse (Voir la première photo de l’article), la voie qui conduit à la concrétisation de cette dernière est certes tortueuse, semée d’obstacles, mais pas impossible à franchir. C’est pourquoi, j’ai tenu à partager avec vous ce petit clin d’œil, qui résume bien la situation que nous vivons et nous laisse entrevoir aussi bien un espoir que les possibilités d’un agir ensemble.

Faire de la qualité de notre cadre de vie et de l’égal accès à la réussite notre exigence

En l’état actuel des choses, il apparaît difficile pour nos villes de mettre en œuvre un véritable plan qui moderniserait et ferait de nos quartiers la cellule de base des mutations à venir. Il nous faut donc, à notre échelle, apporter des propositions concrètes pour pallier à ce manque. Si nous ne pouvons certes pas changer le monde d’un coup de baguette magique, nous pouvons changer nos quartiers, nos villes et le devenir de leurs habitants et proposer les outils inclusifs d’une République dont nous sommes la béquille.

Face à cette exigence, nous avons décidé de nous engager et d’apporter notre modeste contribution à ce monde en pleine mutation. C’est pourquoi nous avons créé l’association « Créteil 3.0 ». Il s’agit d’une association ouverte à tous qui a pour objet tant de valoriser le potentiel créatif des habitants de la ville que de leur permettre de participer à la vie de leur quartier et de leur ville à travers l’utilisation des nouvelles technologies et des médias sociaux. Parce qu’il devient nécessaire et urgent que nous commencions à nous organiser et à recréer ces solidarités perdues, parce qu’il est utile qui nous nous réengagions, agissons désormais ensemble pour lutter contre des inégalités qui nous fracturent et pour enfin faire de la qualité de notre cadre de vie et du lien qui nous unit le moyen par lequel nous laisserons notre empreinte sur ce monde.

 

Lien vers le blog officiel de « Créteil 3.0 » : www.creteil3-0.fr